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13 novembre 2007
Plonger sur Seraya, à Bali
Parce que c’est une plongée facile, toute simple, dans un endroit idéal pour paresser et prendre la vie du bon côté, parce qu’on nous annonce pour cette semaine un mouvement de grève qui va paralyser un certain nombre d’entre vous, permettez-moi de vous offrir une petite bulle d’air pour quelques minutes. Venez, je vous emmène plonger à Bali !

C’est une plongée d’après-midi, l’une de celles que l’on fait après avoir traîné un peu au restaurant devant son sorbet à la mangue, celle qui nous fait hésiter : vais-je rejoindre ma chambre pour une bonne sieste ou vais-je suivre Arnaud qui me glisse, pour m’encourager, "je crois que je peux te trouver la crevette arlequin que tu cherches…". L’argument qui tue toute velléité de fuite en avant au fond des draps ! Il ne m’a fallu que quelques secondes pour me diriger vers le petit centre dans lequel s’active déjà Agus, le bras droit d’Arnaud et Anne-Sophie ici, à Bali.
Je vérifie mon manomètre, je boucle mon ordi de plongée, j’attache les cheveux et, comme les six autres plongeurs ce matin, les deux moniteurs inclus, j’enfile mon gilet et transporte ainsi ma bouteille jusqu’au bord de l’eau, sur la plage. Tout en vérifiant d’un œil que les équipements sont bien en place pour chacun, Arnaud nous prévient tranquillement : "c’est une plongée vraiment relax donc vous la faites pour en profiter, pas d’exploit, tout en douceur, et on regarde autour de soi, mais attention je ne veux voir personne allongé sur le sable et surtout pas de palmes qui racle le fond…". Le sourire nonchalant est toujours là mais le regard est entendu : c’est ce qu’on appelle un teaser, une accroche.
Nous entrons sans difficulté dans une eau à 24° en ce mois de juillet du côté de Tulamben, sur la côte Est. Je glisse un peu sur les galets de roche volcanique mais gilet gonflé, c’est le moment d’enfiler les palmes et d’ajuster le masque. Quand tout le monde est fin prêt, Arnaud fait le signe de la descente et nous entraîne à sa suite sur une pente douce de sable noir sur laquelle s’accroche quelques herbes éparses, deux ou trois coraux plume dont l’Homme profite immédiatement. Séance photo tandis que je surveille du coin de l’œil notre palanquée qui s’éloigne doucement.
Arnaud nous entraîne jusqu’à un petit tertre herbeux : quelques roches de faible hauteur, un peu de corail, au premier regard rien d’extraordinaire. Mais en le voyant scruter les alentours attentivement, je me doute qu’il est en chasse et je deviens plus attentive : ici reposent quelques grosses étoiles de mer tellement rebondies qu’elles donnent envie de croquer dedans ! A proximité quelques oursins noir d’encre dressent leurs pointes vers les intrus trop curieux, et pourtant ils m’attirent : trois d’entre eux abritent entre leurs longues épines un petit bataillon de poissons cardinaux graciles, aux nageoires déployées. Le contraste entre l’agressivité présumée de l’oursin et la délicatesse de ces petits poissons noirs et argent accentue la surprise de ce commensalisme.

Sur ma droite deux petites rascasses volantes ont entamé une danse de reconnaissance. Elles se hument, se détournent, reviennent, se tâtent. Séduction ou parenté ?... Allez savoir….
Un peu plus loin ce sont deux murènes qui m’attirent : vertes, elles sont blotties dans leur trou et ne laissent dépasser que leurs têtes jumelles, gueules ouvertes pour mieux filtrer ce qui pourrait passer à portée des dents pointues qui se devinent.
Un plongeur me désigne alors un petit balluchon d’excités dansant en tous sens : des poissons chats, aiguilles fines virevoltant sans discontinuer dans un désordre sans doute savant, mais toujours en boule compacte.
Puis Arnaud me fait signe de loin, et discrètement. Je commence à bien le connaître, et sous son masque je devine le sourire des yeux. J’abandonne l’Homme à ses clichés de poissons chats et me dirige doucement vers notre ami qui tend un doigt vers une roche basse, devant lui. Une toute petite crinoïde orange y est fixée solidement et une étoile ocre tente de l’atteindre en se contorsionnant mais...
Mais ?!... que vois-je ?!...
L’un des bras de l’étoile est maintenu solidement par une petite bestiole si bariolée que je ne réalise pas tout de suite que je suis enfin devant la superbe, la magnifique et la très grosse crevette arlequin de mes rêves !!!
Elle est grosse (je viens de le dire), bien plus grosse de celle que j’avais imaginée après en avoir observé cent en photos sur les guides ou sur les galeries photos d’Hélène Caillaud. C’est d’ailleurs ma première surprise. Elle est plus longue que mon pouce et sa queue est large comme mon petit doigt. D’une jolie teinte crème, elle est tachetée de parme et agite ses belles pinces charnues dans le but de s’approprier tout ou partie de l’étoile qui ne recule pas assez vite devant sa prédatrice. Mais en l’observant d’un peu plus près, Arnaud me montre un tout petit être qui frétille deux centimètres derrière elle : une mini crevette arlequin, son juvénile !
Incroyable, en guise de première crevette arlequin j’ai droit à une mère et son fils (peut-être était-ce une fille ? mais voyez-vous sa livrée était d’une dominante bleue et j’ai décidé unilatéralement qu’il s’agissait d’un mini mâle). Quand on approche délicatement le doigt (sans toucher surtout !), la mère agite ses grosses pinces colorées et le petit se fige prudemment. Je les observe pendant quelques minutes avant qu’un autre plongeur ne s’approche et je cède la place pour lui permettre d’observer ces deux êtres sortis tout droit de l’imagination d’un peintre de talent. Ensuite, c’est l’Homme qui se charge de les prendre en photo, et vous avez le résultat en tête d’article. Et parce que je n'ai pas le souvenir d'en avoir vu, je choisis aussi de vous montrer ci-dessous la crevette arlequin en pleine prédation sur l'étoile, et sur les deux photos vous distinguez nettement le juvénile :

Ravie de cette rencontre inattendue que je rêvais de faire depuis des années, j’erre tranquillement sur le petit tertre pour suivre le chemin d’un crabe moussu qui fait de son mieux pour se cacher sous une crinoïde noire puis je surveille la progression lente de deux nudibranches blancs à houppette aérienne.
Au-delà du tertre c’est le trou d’une mantis que je vais découvrir par hasard : sa tête étrange se rétracte dans le sable noir, puis ressort, puis se cache de nouveau. Elle se laissera photographier difficilement, timide demoiselle aux pinces sévères.
J’ai terminé cette plongée en comptant trois poissons fantômes noirs striés de jaune et rouge, fragiles spécimen se confondant avec les branches de crinoïdes dans lesquelles ils tentaient de se dissimuler.
Une plongée relax effectivement, avec 19 mètres de profondeur maximum, et aucun courant. Le genre de plongée agréable pour une après-midi en douceur. Une plongée dont je me souviendrai longtemps grâce à ces deux crevettes arlequin. Une plongée que je vous recommande, mais pour cela il faut aller à Bali…
08:10 Publié dans Plongée sous-marine | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : Bali
Commentaires
Nous découvrons grâce à toi la crevette arlequin: elle est superbe!
Un vrai plaisir cette plongée...bonne journée
Ecrit par : lucile et lucien | 13 novembre 2007
Merci, cette crevette est magnifique et l'Homme a su la photographier comme il se doit, donc je me devais d'en parler ici !
:-)
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 13 novembre 2007
Arghhhhhhhh : j'ai du travail en ce moment et je ne peux pas lire tes écrits avant le soir !
Et quelle magnifique surprise en ouvrant la page Web : j'ai même pas lu encore mais la photo est terrible ! J'adore !
Bon maintenant je file lire....
Bisous bonne soirée
PS : tu crois que j'en trouverais la semaine prochaine sur la Gabinière ?! lol
Ecrit par : Virginie | 13 novembre 2007
La photo est superbe en effet, et pas de moi comme vous l'aurez tous remarqué !... :-)
Pour la Gabinière, j'en doute fort !... :-))
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 13 novembre 2007
Si les grèves des transports t'inspirent autant j'en redemande!!! Non non je rigole, y'en a marre!
Merci pour ces merveilleuses photos et ce récit de plongée, on s'y croirait! J'adore!
Ecrit par : véro | 13 novembre 2007
Tant pis je me contenterai des RSE et autres exercices aux noms barbares ;=))
Ecrit par : Virginie | 13 novembre 2007
Superbe !
Et que d'histoires dans ton blog... Bravo pour ton travail !
Ecrit par : JB | 13 novembre 2007
Véro : non, les grèves ne m'inspirent absolument pas, sauf de la compassion pour ceux qui vont souffrir demain. Et donc sincèrement je me disais que ce petit récit pourrait peut-être mettre du baume au coeur de ceux qui arrivent au bureau le matin, épuisés. :-)
Virginie : on m'a dit du bien de la Gabinière... ;-)
JB : merci, mais grâce aux lecteurs qui réagissent en ligne, c'est un peu un travail d'équipe finalement... :-)
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 14 novembre 2007
Crinoïde, nudibranche, mantis, rascasses... il me manque des photos pour me représenter ces mots inconnus !!! ;-)
Quant à la crevette arlequin, vraiment superbe... j'aime également beaucoup la photo avec les poissons cardinaux nageant dans les pointes des oursins.
Ecrit par : Thib | 14 novembre 2007
Bonjour Marie Ange.
Cela fait plusieurs fois que je visite ton blog et je cherche à te joindre. Peux tu me faire parvenir ton adresse stp ?
Merci d'avance.
Ecrit par : Hélène | 14 novembre 2007
Thib : des mots qu'il faut imaginer tout en couleurs... :-)
Hélène : je viens de t'envoyer un email à l'adresse. :-)
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 14 novembre 2007
Faut dire que quand on lit tes récits, il y a de quoi être fan, merci pour cette belle histoire.
Ecrit par : Denis | 14 novembre 2007
Surtout que je suis fan des petites bêtes, j’adore les nudibranches aussi, c’est fascinant et magnifique.
Ecrit par : Denis | 14 novembre 2007
Je vais créer un fan-club des nudibranches.
Non, ça doit déjà exister quelque part. J'ai lu que le nouveau Debelius est paru à ce propos, avec encore plus de nudibranches !... C'est bientôt Noël.
;-)
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 15 novembre 2007
Debelius : lui aussi je suis fan, ce sont vraiment les livres les plus complets.
Ecrit par : Denis | 15 novembre 2007
Je suis bien d'accord !... Ce sont ceux que j'utilise le plus après mes plongées pour identifier ce que j'ai vu sous l'eau ou ce que j'ai photographié.
Ecrit par : Un Monde Ailleurs | 15 novembre 2007







